Galerie Soleil - 77260 La Ferté-sous-Jouarre - Seine et Marne - France - TEL : 09 51 76 81 78 / 06 03 72 33 33

Taisiia Cherkasova

Jeune artiste peintre parisienne, je suis originaire d’un quartier populaire de la ville industrielle ukrainienne de Dnipro. J’ai vécu 24 ans au cœur de cette cité bétonnée avec comme seuls décors les anciennes usines d’armements et les grandes barres d’immeubles soviétiques. Gamine solitaire, j’ai commencé à développer mon imaginaire repliée sur mon monde merveilleux remplis d’animaux me permettant d’échapper quelques instants ma réalité dépressive.

Une de mes principales sources d’inspirations durant l’enfance tient dans le livre de Mikhaïl Boulgakov « Cœur de chien ». Un illustre professeur, spécialisé dans le rajeunissement des êtres humains, tente une expérience sur un brave chien ramassé dans les rues de Moscou. Il lui greffe l’hypophyse d’un individu qui vient de mourir et l’animal se métamorphose en un petit homme ivrogne, grossier et méchant. La référence avec la société soviétique et le regard critique face au régime politique n’étaient pas évidents pour moi quand j’étais enfant. Cependant, cette œuvre a réveillé mon intérêt pour la transformation, la transformation d’un animal, d’un humain et d’une société.

Le premier souvenir intense qui a déclenché les premières allégories qui nourrissent mon art aujourd’hui est un épisode dans mon voisinage. J’avais sept ans, un samedi après-midi comme tant d’autres quand mon voisin alcoolique a balancé son chien teckel par la fenêtre du sixième étage. J’ai entendu d’abord un bruit, comme une bouteille plastique à moitié pleine jetée à pleine vitesse, me précipitant à la fenêtre j’ai vu le corps du chien qui était à terre huit étages plus bas encore vivant. J’avais sept ans, c’était la première fois que j’assistais à un acte de telle violence envers un animal. C’était la première fois que je voyais la fin d’une vie d’un animal traité comme un simple un objet. Depuis ce jour, j’ai inscrit mon imaginaire dans la conscience de la fragilité du vivant.

A travers de mon art je cherche à transmettre la fragilité de tous les vivants, la fragilité d’un monde qui s’effondre. Je représente la transformation qui fait partie de notre existence. Dès la naissance jusqu’à la mort un humain passe par des changements physiques, mentaux, culturels etc. Il se transforme et transforme le monde qui l’entoure. En étant sensible aux sujets environnementaux et sociétaux je veux dénoncer la surconsommation, l’attachement aux objets, les inégalités et l’extinction du vivant en usant d’allégories imaginaires.

J’utilise des couleurs vives parfois brutales, avec la volonté qu’elles évoluent dans l’œil du spectateur. Les figures sont de styles réalistes loin du travail à la touche, j’use les traits sur de longues distances pour montrer mon assurance dans le dessin. En utilisant des pinceaux très fins, je multiplie les détails pour obliger l’observateur à se rapprocher de mes tableaux en essayant de plonger dedans. L’idée est de pouvoir plonger dans mes tableaux en gardant suffisamment de réalité pour que l’on puisse voir des choses familières tout en s’immergeant dans un monde imaginaire parallèle.